Maison de retraite ''AU COIN DU FEU ''

Maison de retraite ''AU COIN DU FEU ''

POÈMES trouvés sur INTERNET



Ce poème a été retrouvé dans les affaires d'une vieille

dame Irlandaise après son décès en maison de retraite.

*

La vieille dame grincheuse...  

*

   Que vois-tu, toi qui me soignes, que vois-tu ?

Quand tu me regardes, que penses-tu ?

Une vieille femme grincheuse, un peu folle

Le regard perdu, qui bave quand elle mange

Et ne répond jamais quand tu dis d'une voix forte "essayez" 

Et qui semble ne prêter aucune attention à ce qu'elle fait...

 

Qui docile ou non, te laisse faire à ta guise

Le bain et les repas pour occuper la longue journée.

C'est ça que tu penses, c'est ça que tu vois ?

Alors ouvre les yeux, ce n'est pas moi.

Je vais te dire qui je suis, assise là, tranquille

Me déplaçant à ton ordre, mangeant quand tu veux...

 

Je suis la dernière des dix, avec un père, une mère

Des frères, des sœurs qui s'aiment entre eux…

Une jeune fille de seize ans, des ailes aux pieds

Rêvant que bientôt elle rencontrera un fiancé….

Déjà vingt ans, mon cœur bondit de joie

Au souvenir des vœux que j'ai fait ce jour-là.

*

J'ai vingt-cinq ans maintenant et un enfant à moi

Qui a besoin de moi pour lui construire une maison… 

 

Une femme de trente ans, mon enfant grandit vite

Nous sommes liés l'un à l'autre par des liens qui dureront…

 

Quarante ans, bientôt il ne sera plus là, mais mon homme

Est à mes côtés et veille sur moi...

*

Cinquante ans, à nouveau jouent autour de moi des bébés.

Nous revoilà avec des enfants, moi et mon bien-aimé.

*

Voici les jours noirs, mon mari meurt.

Je regarde vers le futur en frémissant de peur

Car mes enfants sont très occupés pour élever les leurs

Et je pense aux années et à l'amour que j'ai connu. 

*

Je suis vieille maintenant et la vie est cruelle

Et elle s'amuse à faire passer la vieille pour folle. 

Mon corps s'en va. Grâce et forme m'abandonnent.

Et il y a une pierre là où jadis il y avait un cœur. 

*

Mais dans cette vieille carcasse, la jeune fille demeure. 

Le vieux cœur se gonfle sans relâche. 

Je me souviens des joies et des peines.

Et à nouveau je revis ma vie et j’aime… 

Je repense aux années trop courtes et trop vite passées

Et accepte cette réalité implacable.

*

 Alors, ouvre les yeux, toi qui me regardes et qui me soignes.

Ce n'est pas la vieille femme grincheuse que tu vois...

"Regarde mieux et tu verras..."

*

FIN


Une grande mère

 

   Une grand-mère est une femme qui n'a pas d'enfant à elle.

C'est pour ça qu'elle aime les enfants des autres.

 

   Les grands-mères n'ont rien à faire, elles n'ont qu'à être là.

Quand elles nous amènent en promenade, elles marchent lentement

Et elles ne disent jamais : "Avance plus vite, dépêche-toi !"

 

   En général, elles sont grosses, mais pas trop pour pouvoir attacher nos souliers.

 Elles savent toujours qu'on a besoin d'un deuxième morceau de gâteau, ou d'un plus gros.

 

   Les grands-mères portent des lunettes, et parfois elles peuvent même enlever leurs dents.

Elles savent être sourdes quand il le faut, pour ne pas nous gêner

Quand nous sommes maladroits et une vraie grand-mère se met en colère en riant.

 

   Quand elles nous lisent des histoires, elles ne sautent jamais de bout

Et elles n'ont rien contre si on réclame la même histoire plusieurs fois.

 

   Les grands-mères sont les seuls adultes qui ont du temps.

Elles savent faire le geste qui fait du bien quand on a mal.

 

   Les grands-mères ne sont pas aussi fragiles qu'elles le disent

Même si elles meurent plus souvent que nous.

 

   Tout le monde devrait essayer d'avoir une grand-mère

Surtout ceux qui n'ont pas de Nintendo !


Alzheimer

*

   Qu'as-tu vieux paysan ? Fuis-tu la vie ? La vie te fuit-elle ?

Tes regards fixent avec frayeur les objets... Tes pantoufles t'intriguent.

Je t'aime, mais tu ne me connais pas...

*

   On est obligé de te rappeler qui je suis et quel est mon nom.

À quoi penses-tu, grand homme de la nature.

Toi qui longe les barres tendues le long des couloirs des hôpitaux.

Ta vie est clôturée par des murs hauts. Et cette infirmière qui te prend pour son gosse !

Montre-lui, grand-père, que tu ne maîtrises plus tes faits et gestes.

Montre-lui, quand même, tes savoirs et tes besoins d'espace.

Pourquoi éprouves-tu ce sentiment de fuite où que tu sois ?

   As-tu peur des hommes ? Voudrais-tu fuir la réalité de ce monde ?

*

Que caches-tu, vieil homme, derrière ce masque de l'oubli ?

Tu reconnais ton copain de classe et tu ne me reconnais pas.

Moi, ta petite-fille qui t'aime tant ?

  Tant de maladies détruisent les plus intelligents des hommes.

Oh, grand-père, Quelle ânerie cette maladie !

*

Poème écrit par Séverine, 15 ans.


Tu ne veux pas vieillir

*

 Tu ne veux pas vieillir, tu entraînes ton corps à refuser la mort.

Tu oublies les plaisirs, ceux d'une bonne table.

De ce vin à l'arôme qui chavire les hommes, tout ça n'est plus que fable.

*

Tu veux ne pas le croire que ta peau s'enlaidit, de rides et de plis.

Tu caches les miroirs, mais tes yeux te trahissent à la moindre lecture.

Même tes écritures deviennent un supplice.

 

Tu ne veux pas vieillir, et tu retardes l'heure dernière où ton vieux cœur, aura son mot à dire. Tu ne veux pas souffrir, quand sonnera le glas pour de vie à trépas y passer sans gémir. Tu me ressembles tant que raison je te donne, et que Dieu nous pardonne. Nous resterons vivants.

 

Poème de : Francis Vital Gendre


Clouée par la vieillesse

 

Entre le fauteuil et mon lit, un sentiment d'abandon

tristesse perpétuelle me hante, me poursuit.

Livrée à ses mains sans tendresses, mon corps nu. Je voudrais le couvrir.

S'écoulent mes larmes de détresses à leurs commentaires qui les font rire.

*

Je voudrais pouvoir leur crier...Non. Elles ne m'en laissent pas le temps.

Râlent en me récurrent rudement...Cette nuit encore tu t'es oubliée.

Comment leur faire entendre du soir jusqu'au matin couché

Par des chaînes invisibles, liée. Mon corps lui ne peut attendre.

*

 Je voudrais pouvoir disparaître pour ne plus avoir à apparaître

à la merci de ces femmes sans âme, me reprochant ma vieillesse. Me damnent.

   J'envie mes folles compagnes, gentiment battent la campagne

enfermées dans leurs délires, se laissent malmener sans rien dire.

*

    Un sentiment d'impuissance dans la froideur de l'absence

de dignité humaine face à ces femmes inhumaines,

l'image de mon corps vieilli, sous leurs yeux de dégoût. Durcis.

Me font plus de mal que leurs quolibets, je ferme les yeux pour m'abriter.

*

 Dérisoire. Illusoire rempart sous leurs mains, leurs propos sans égards

Pour aujourd'hui mon calvaire est fini. Je dois encore leur dire merci.

 

Poème de: Ariel BOUCHER


“Naître, mourir, renaître encore, progresser sans cesse telle est la loi”

(Citation : Alain Kardec) Considéré comme le père de la doctrine

du mouvement spirite ou spiritisme en France

 

Juste pour partager une douleur... Pour dire qu'elle peut disparaître...

Qu'un trou dans la poitrine...  Cela se comble : de courage, d'amour...

 

 

Elle sourit au vide. Cloîtrée dans une salle d'hôpital, elle essaie de se souvenir. Comment c'était, la faim. Elle est arrivée dans cette chambre au tout dernier moment de sa vie. Et ils ont dit qu'elle allait mourir. Quels cons ! ... Elle pense. Maintenant, parce qu'elle n'est plus capable de s'occuper d'elle-même, elle est condamnée à devoir manger. Conditionnée, c'est comme cela qu'elle s'appelle lorsqu'elle est seule.

 *

 C'est dur, elle écrit sur un petit cahier. Elle n'écrit pas j'ai envie de mourir,

laissez-moi partir, je veux crever. Non ! Jour après jour, elle sent son estomac gonfler, revivre. Ses joues aussi. Elle claironne partout, ça fait un mal de chien. Le soir, allongée dans des draps stériles, elle repense aux soirées d'autrefois, cramponnée au radiateur, une cigarette à la main. Une nuit, accoudée à la fenêtre, elle se dit je dois laisser tomber tout cela. Elle a appris à faire autre chose que mourir. Elle veut voir comment ce sera, la vie. A ce moment, quelque chose se brise en elle. Son cœur lâche à cette parole de lâcheté.

*

Des heures plus tard, la poitrine incroyablement douloureuse, un homme lui explique que ce n'est que passager. Plus tard, elle reprend ses activités. Les psys, les ateliers, les repas. Elle n'en peut plus. Elle dit, à travers ses pleurs, si c'est cela la guérison, je n’en veux pas. Vous m'entendez ? Elle a retrouvé la capacité de crier, on le lui fait remarquer. La capacité de pleurer aussi.

*

Sur une page blanche, elle fait deux colonnes. Les points de vie, ceux de mort.

Elle trouve des raisons de vivre. De plus en plus chaque jour. Par exemple, recommencer à se maquiller. A sourire. A rougir aux commentaires de l'aide-soignant. Elle attend désormais impatiemment les repas. C'est comme un rituel. Tout la fait sourire. Bien sûr, elle repense à retomber dans cette dépendance de contrôle, mais elle sait qu'elle ne le fera pas. Pour son mari. Pour ses enfants. Il lui aura fallu un an d'hospitalisation pour retrouver la force de vivre. Elle pense c'est si bon de se blottir sous une couverture devant un film.

En sentant son cœur, son corps vivre...